J.F bien sous tout rapport.
Lundi, entretien de personnalité avec le beau vieux qui me sert de prof de lettres/culture générale. J'angoisse comme d'hab.
Dès le matin, ligne 9 puis ligne 3, sur le boulevard Malesherbes : conditionnement psychologique pour remplacer le "ça me saoule" par le "je suis une J.F bien sous tout rapport".
13H20, une salade acide dans le ventre, sur la mezzanine du hall Eiffel/Guy Moquet. Les sales mômes de Carnot qui bloquent les escaliers. Une sale envie de leur marcher dessus, pour voir comment ça fait. J'attends devant la salle en faisant les cent pas, je laisse trainer mes semelles sur le parquet antique.
A. sort de son entretien, l'air crispé. A. est un modèle de gentillesse, d'honnêteté, de serenité. Son seul problème : ses frequentations.
En piste. Sourire, regard franc et assuré, épaules ouvertes, dos droit, genoux serrés, frange lissée. Jean droit extra-brut. Ceinture cuir. Ballerines cuir. Pull qui va bien. L'uniforme habituel.
Même pas besoin de me présenter, les questions commencent de suite.
"Pourquoi la prépa ?"
Bonne question en fait. Je lui sors le discours pré-mâché que j'ai même fiché pour être bien certaine de pas trop déraper. Bah oui, vocation. Bah voyons. Non, le droit, j'ai hésité, mais en fait, une filière généraliste c'est très très important. Parce que moi j'aime tout, j'ai de la curiosité intellectuelle, tu vois quoi. Moui, je maitrise aussi les tics de langage (même les "genre", et la voix qui tremblote, l'intonation soit-disant parisienne et tout le tralala). J.F bien sous tout rapport, vous dis-je.
"Ah oui, vous voulez faire de la finance ? "
" Une carrière internationale ? Mais pourquoi ? Vous savez, les déplacements professionnels, ça devient vite contraignant, lassant ..."
J'argumente. Je le contredis en douceur, je m'affirme subtilement.
Ses petits yeux bleus enfoncés me scrutent. J'ai des frissons, j'ai la tremblote, je déteste ça, m'exhiber, leur mentir, me mentir pour mieux les convaincre, les convaincre que je suis LA personne à avoir dans leur école, les convaincre que je ferai une bonne élève bien engagée, de celle qui fait partie de douze associations et qui rêve d'être élue au BDE, et puis plus tard un bon cadre loyal et bien zélé.
On parle politique, Europe, Sarkozy/Royal, le sogenannter dilemme vie professionnelle/avoir des gosses. Non mais tout ça c'est super compatible. Surtout quand on n'a pas trop envie de s'encombrer avec des gosses.
Même pas eu le temps de caser mes loisirs, mes aspirations, les rêves et les envies. Comme si y'avait même pas un peu de place pour en parler, même quand je dois parler de ma petite personne.
Reprise du prof. Verdict.
Bétonner la finance.
Des qualités évidentes de communication et de négociation. (Je cite.)
Il a même dit que j'avais l'air d'avoir des compétences en diplomatie.
C'est VRAI je ne mens pas.
La sentence tombe : 14. Satisfaite : c'était l'objectif fixé par Boris avant de rentrer dans la salle.
Bilan personnel :
- Je sais faire la J.F bien, je sais être sage, mesurée, pleine d'optimisme, d'enthousiasme.
- Je maîtrise les sourires convenus, les regards charmeurs mais pas insolents.
- Je sais mentir, je sais me mentir.
Dès le matin, ligne 9 puis ligne 3, sur le boulevard Malesherbes : conditionnement psychologique pour remplacer le "ça me saoule" par le "je suis une J.F bien sous tout rapport".
13H20, une salade acide dans le ventre, sur la mezzanine du hall Eiffel/Guy Moquet. Les sales mômes de Carnot qui bloquent les escaliers. Une sale envie de leur marcher dessus, pour voir comment ça fait. J'attends devant la salle en faisant les cent pas, je laisse trainer mes semelles sur le parquet antique.
A. sort de son entretien, l'air crispé. A. est un modèle de gentillesse, d'honnêteté, de serenité. Son seul problème : ses frequentations.
En piste. Sourire, regard franc et assuré, épaules ouvertes, dos droit, genoux serrés, frange lissée. Jean droit extra-brut. Ceinture cuir. Ballerines cuir. Pull qui va bien. L'uniforme habituel.
Même pas besoin de me présenter, les questions commencent de suite.
"Pourquoi la prépa ?"
Bonne question en fait. Je lui sors le discours pré-mâché que j'ai même fiché pour être bien certaine de pas trop déraper. Bah oui, vocation. Bah voyons. Non, le droit, j'ai hésité, mais en fait, une filière généraliste c'est très très important. Parce que moi j'aime tout, j'ai de la curiosité intellectuelle, tu vois quoi. Moui, je maitrise aussi les tics de langage (même les "genre", et la voix qui tremblote, l'intonation soit-disant parisienne et tout le tralala). J.F bien sous tout rapport, vous dis-je.
"Ah oui, vous voulez faire de la finance ? "
" Une carrière internationale ? Mais pourquoi ? Vous savez, les déplacements professionnels, ça devient vite contraignant, lassant ..."
J'argumente. Je le contredis en douceur, je m'affirme subtilement.
Ses petits yeux bleus enfoncés me scrutent. J'ai des frissons, j'ai la tremblote, je déteste ça, m'exhiber, leur mentir, me mentir pour mieux les convaincre, les convaincre que je suis LA personne à avoir dans leur école, les convaincre que je ferai une bonne élève bien engagée, de celle qui fait partie de douze associations et qui rêve d'être élue au BDE, et puis plus tard un bon cadre loyal et bien zélé.
On parle politique, Europe, Sarkozy/Royal, le sogenannter dilemme vie professionnelle/avoir des gosses. Non mais tout ça c'est super compatible. Surtout quand on n'a pas trop envie de s'encombrer avec des gosses.
Même pas eu le temps de caser mes loisirs, mes aspirations, les rêves et les envies. Comme si y'avait même pas un peu de place pour en parler, même quand je dois parler de ma petite personne.
Reprise du prof. Verdict.
Bétonner la finance.
Des qualités évidentes de communication et de négociation. (Je cite.)
Il a même dit que j'avais l'air d'avoir des compétences en diplomatie.
C'est VRAI je ne mens pas.
La sentence tombe : 14. Satisfaite : c'était l'objectif fixé par Boris avant de rentrer dans la salle.
Bilan personnel :
- Je sais faire la J.F bien, je sais être sage, mesurée, pleine d'optimisme, d'enthousiasme.
- Je maîtrise les sourires convenus, les regards charmeurs mais pas insolents.
- Je sais mentir, je sais me mentir.

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