vendredi, novembre 17, 2006

Ma vie est un joyeux trou noir

Alors là, je crois que je me suis pris l'engueulade téléphonique de ma vie.
"Nan mais c'est de l'inconscience, ça frise le suicide, j'espère que tu en as conscience."
Bon je commence au début.

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Mercredi fin d'aprem. Ma nouvelle paire de bottes dans leur grande boîte au bout du bras, ma petite joie de la semaine. Un Diesel d'il y a trois ans à Londres, Oxford Street, même que je me demande à chaque fois par quel miracle mes fesses rentrent encore là-dedans. Ballerines explosées mais ballerines irremplaçables avec le talon qui claque, comme les chaussures de dame. Sauf que ça me torture pas les pieds et que j'ai pas l'air de mesurer deux mètres quarante.

Mission "trouver un taxi" accomplie en moins de cinq minutes. Grisonnant, bedonnant, Chérie F.M et T-Shirt Culture Pub. Mais sièges cuir & il a un G.P.S donc j'ai la tranquilité pour dix minutes, quinze avec la circulation. Je lâche l'adresse du Carton, je visse mon iPod dans mes oreilles.

Chopin. Paris Hilton. Franz Ferdinand. Re-Chopin. Et aussi re-Paris Hilton, je le confesse.

Un quart d'heure avant, à l'intérieur, bureau blanc, bureau froid. Chambre froide, chambre noire.

Troisième tentative pour signer la liasse de papier et cette fois-ci, c'est la bonne. Il n'y aura pas de quatrième RDV où j'arrive, la tête en vrac, les idées pas claires, à lister le pour, le contre. A comparer l'incomparable, l'avenir et le présent, aujourd'hui et demain, l'intuition ou la raison ...
Débarassée. Je paraphe, je lis et j'approuve. Je signe bon pour accord.

R. qui m'observe. Je lis ses pensées dans ses yeux et j'essaie de détourner les miens, histoire d'éviter ce qu'il n'a encore jamais vu.
R. ... L'archetype du mec de bon conseil qui veut le bien de tout le monde. De moi aussi.
L'archetype du mec qui a compris que c'était pas la peine de discuter avec moi, qu'une décision est une décision.

R., déconcerté. R., la cinquantaine grisonnante, qui me lâche : "Tu es une énigme", avec l'accent en prime. Sa voix douce, son regard plein d'incompréhension.
"Et qu'est ce qu'ils vont dire ? Et tu vas te faire engueuler ..."

"Je suis majeure."
Première fois que cette phrase traverse ma pensée et sort de ma bouche. Seule réponse possible en fait. Pleine de bêtise, de suffisance et d'illusion. Fallait bien trouver un truc et j'avais envie d'écourter le RDV.
Je suis majeure. Et alors. J'ai le droit de voter et de conduire. Mais apparemment je suis irresponsable quand même.
Je suis majeure. C'est moi qui signe. Je suis majeure.

Dans le taxi, les yeux embués. Chopin, l'harmonie parfaite, c'est plus beau que le silence (et que Daft Punk). Satisfaite quand même, la douce sensation de prendre ma vie en main, de suivre mon intuition, de m'en remettre à ma bonne étoile. Et puis ***on verra bien***.

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Ma vie est un joyeux bordel. Conclusion honnête, lucide et concise, faite hier, onze heures passées, vautrée entre les deux bornes Internet moyen-âgeuse du Carton, sur une table basse dégueulasse dont mon manteau d'amour ne s'est toujours pas remis.

Il paraît que je suis inconsciente. Possible.
Il paraît aussi que j'ai un caractère de merde. Approuvé.

Franky (N.D.L.R : Le psy que j'ai vu 4-5 fois et avec qui j'ai été trèèès vilaine.) m'avait confiée que j'avais des tendances obsessionnelles.
"L'obsession est une pensée angoissante qui s'impose et dirige toute la vie de l'individu, au point de lui faire perdre le sens de ses priorités."

Appel à ceux qui me connaissent pour de vrai :
***je ne suis pas concernée, hein ?***

Je sais que je classe mes bouquins par taille puis par éditeur, puis par matière, mais c'est parce que c'est mieux comme ça. Et puis mon iPod est aux antipodes du rangement obsessionnel. C'est l'anarchie la plus totale, 60 Go laissés au hasard. Ca, c'est de la preuve béton.

De toute façon, Franky était plutôt mauvais, je crois. Son sourire pincé, sa voix contrôlée, son silence prostré. J'avais envie de le secouer et de vérifier si c'est pas LUI qui a des problèmes sérieux.

Je m'égare.